Les atouts

Les actions déterminées des salariés ont conduit la direction de Thales à renoncer au projet de cession de la branche imagerie médicale du groupe. Le groupe doit maintenant y consacrer les moyens nécessaires pour en assurer le développement en France et en Europe. Dans le message qu’il a adressé aux salariés en quittant la présidence, Luc Vigneron reconnaît d’ailleurs que la « dualité et les activités civiles en croissance compensent » la baisse « des activités de défense ». Les salariés de l’imagerie médicale auront apprécié. Message à Jean-Bernard Lévy, le nouveau PDG : la CGT du groupe veillera à ce que Thales pérennise et participe activement au développement de la filière industrie médicale.


Pourquoi la CGT poursuit-elle l’action ?
Les choix stratégiques de l’entreprise, c’est aussi l’affaire des salariés.

Et quand ils s’en mêlent, les décisions des directions évoluent. Ainsi, les actions de l’été dernier ont conduit la direction du groupe Thales à renoncer à la cession de son imagerie médicale, activité réalisée par les filiales Trixell et TED XRIS qui emploient un peu plus de 700 salariés principalement sur les sites de Moirans, dans l’Isère (voir encadré). Pour justifier l’abandon du projet de cession, la direction préfère invoquer l’absence d’un repreneur crédible. Quoi qu’il en soit, les salariés, qui ont le sentiment d’avoir été entendus, respirent mieux. Mais la pérennité de l’imagerie médicale au sein du groupe est-elle pour autant assurée ? Ce n’est pas si sûr. C’est en effet au motif de se recentrer sur son coeur de métier que la direction de Thales voulait se séparer de l’activité. Une stratégie à laquelle le groupe ne renonce pas. C’est un facteur d’incertitude pour l’avenir de l’activité dans Thales. Et dans le cadre de son maintien dans le groupe, le risque est grand que les moyens nécessaires à son développement n’y soient pas consacrés. C’est pour obtenir ces moyens que la CGT se tourne vers les salariés à la fois pour les informer et les rassembler, et met à leur disposition des outils de communication et d’échange pour faire émerger des pistes de recherche et des projets de développement.


Pourquoi la CGT mise-t-elle sur l’imagerie médicale ?
Le secteur de l’imagerie médicale promet une croissance de l’ordre de 7% par an dans les prochaines années.

Des progrès technologiques considérables y sont attendus, susceptibles de conférer à ceux des opérateurs qui les développeront des avantages certains sur un marché mondial évalué à près de 30 milliards d’euros. Les grands électroniciens mondiaux ne s’y trompent pas, à l’exemple de Samsung, Sony et nombre d’autres, qui multiplient les acquisitions dans le médical, marché moins volatil que celui des télécoms grand public.
Mais les avancées technologiques, ça se bâtit en amont, et en lien étroit avec les utilisateurs que sont les professionnels de santé, en prenant en compte les besoins qu’ils expriment. Saisissant l’opportunité des journées nationales de la radiologie qui se tenaient à Paris en octobre dernier, la CGT Thales s’est donc adressée aux radiologues. Le tract diffusé à cette occasion montre que Thales dispose d’ores et déjà de points forts dans le secteur, à commencer par la position de leader qu’occupe Trixell dans les détecteurs : un examen radiologique sur deux réalisés dans le monde met en oeuvre des détecteurs Thales. Cette position enviable de leader du marché de l’imagerie radiologique est le fruit d’un important effort de R&D poursuivi dans la durée, d’unités de fabrication performantes, d’une présence continue de plus de cinquante ans sur le bassin grenoblois où les entités Thales sont parfaitement intégrées dans un tissu universitaire et scientifique très actif. Au-delà, les technologies que Thales met en oeuvre qu’il s’agisse d’acquisition et de traitement du signal et de l’image, de stockage et d’archivage de données ou encore d’outils de simulation 3D sont susceptibles de nourrir le développement l’imagerie médicale. A condition que la direction du groupe en manifeste la volonté et organise les synergies nécessaires. Jusqu’ici, elle n’en a rien fait.


Comment le prétexte du « coeur de métier » joue-t-il contre le développement ?
Les salariés des 23 sociétés du groupe connaissent bien le credo qui préside aux décisions du groupe : le recentrage sur le coeur de métier – essentiellement la défense et la sécurité –, accompagné d’un plan d’économie de 1,3 milliard devant être réalisé d’ici à 2014.

Ces orientations pèsent au quotidien sur le contenu et les conditions de leur travail ainsi que sur leur avenir professionnel, quel que soit le domaine où ils exercent leurs compétences. Les pressions dans ce sens se sont intensifiées depuis l’entrée de Dassault au capital, alors même – ce n’est pas le moindre des paradoxes – que les commandes militaires connaissent un tassement récurrent, du fait de la situation budgétaire des principaux clients. L’an dernier, c’est la progression de ses activités civiles – notamment dans le transport et la sécurité – qui a permis au groupe de résister à l’impact de cet environnement sur ses activités dans la défense. Malgré cela, la direction du groupe poursuit aveuglément son recentrage et sa quête de cash pour réaliser de nouvelles acquisitions dans son prétendu coeur de métier. C’est cette stratégie que conteste la CGT.
Le repli sur le coeur de métier conduit à laisser en friche, quand ce n’est pas à tuer dans l’oeuf, une part importante des déclinaisons possibles des technologies Thales dans différents champs industriels. Elle va de pair avec un cloisonnement strict des activités de recherche. Une absence de synergies, de mise en commun, de partage des connaissances et des résultats de recherches, qui brident l’innovation dans le groupe.


Pourquoi la CGT s’adresse-t-elle aux salariés ?

Les salariés sont porteurs de connaissances, de savoir-faire, de compétences de très haut niveau que les stratégies à l’oeuvre dans l’entreprise ne permettent pas de valoriser dans toutes leurs dimensions, notamment dans celles pouvant apporter des réponses à des besoins sociaux que la direction ne considère pas comme relavant de la vocation du groupe. Nombre de salariés se sentent amputés, dépossédés des finalités et du sens de leur travail. La CGT ne considère pas qu’il lui appartient d’y répondre seule, à travers des axes de propositions ficelés, mais souhaite créer les conditions permettant aux salariés d’apporter leur créativité pour bâtir ensemble des projets de développement et tirant tout le parti de leurs savoirs et de leurs compétences. Le collectif de travail dont elle s’est doté est chargé d’animer cette réflexion sur l’imagerie médicale et d’assurer le lien avec les besoins exprimés tant par les professionnels de santé que par les usagers et le réservoir de propositions dont les salariés ont les clefs. Elle entend ainsi jouer un rôle de facilitateur pour faire émerger des projets et les porter auprès des décideurs, direction comme pouvoirs publics, à tous les niveaux.


Pourquoi le blog imageriedavenir.fr ?
Ouvert à tous, ce blog a pour objet d’informer, d’alerter mais c’est avant tout un appel à contribution. Cet espace doit permettre l’échange entre les salariés de Thales et les personnels de la santé. Il offre à chacun l’opportunité de participer à l’élaboration d’un dossier que la CGT présentera et soutiendra auprès de la direction, des groupes parlementaires, de la Région Rhône-Alpes et des ministères concernés.

Professionnels de la santé, quel (r)apport ?
Les professionnels de santé exercent leurs métiers au plus près des besoins des patients.

Experts dans leurs disciplines, ils sont porteurs de ces besoins ainsi que des attentes de progrès thérapeutiques qui sont les leurs. Ces besoins et attentes doivent guider la recherche pour déboucher sur des produits et des applications nouvelles capables d’y apporter des réponses. En matière d’imagerie médicale, les besoins qu’ils expriment sont de trois ordres au moins :
• Maîtrise de la dose sans altérer la qualité de l’image ou l’acquisition des données ;
• Traitement de l’image permettant en particulier une reconstruction 3D rapide ;
• Mise en place et déploiement de systèmes d’information, d’échange, d’archivage et de partage des données numérisées (notamment d’images) au sein des hôpitaux et de la chaîne de prise en charge et de suivi du patient.
S’y ajoutent les perspectives offertes par les outils de simulation 3D tant pour la formation des professionnels de santé que pour la simulation d’interventions chirurgicales complexes ou encore pour tester virtuellement l’effet des thérapies.
Autant de domaines dans lesquelles les technologies Thales développées souvent avec d’autres finalités, peuvent apporter des solutions innovantes.


Quels financements pour quels développements ?
La reconquête d’une industrie de l’imagerie médicale française exige des financements conséquents – publics comme privés – à toutes les étapes de la filière.

La CGT demande donc à la direction du groupe qu’elle consacre à son imagerie médicale les moyens nécessaires. Pour y inciter, le gouvernement pourrait assortir le crédit d’impôt qu’il va consentir aux entreprises d’une obligation d’investissement dans la production de technologies innovantes sur le territoire français.
Plus globalement, une étude réalisée par le Pôle de prospective et d’anticipation des mutations économiques (Pipame) publiée en 2011 pointe, entre autres, un impératif au développement de l’industrie des dispositifs médicaux : « Pouvoir se développer sur un marché national solvable et utilisateur de dispositifs médicaux commercialisés par des entreprises nationales. Les établissements de santé doivent posséder les ressources financières et une visibilité suffisante sur les entreprises françaises pour se positionner en primo-adopteurs (de systèmes innovants NDLR) afin de faciliter l’adoption et la diffusion de l’offre sur le territoire national ». Le financement du système de santé français et les moyens dont disposent les établissements de santé relèvent pour l’essentiel de la Sécurité sociale. La loi HPST (hôpital, patient, santé, territoire) établit un financement des établissements de soin « à l’acte » médical, la nature des actes étant l’objet d’une tarification fixée par la Sécurité sociale. Les professionnels déplorent une sous-tarification des actes faisant appel à l’imagerie médicale. La CGT, qui a d’emblée combattu la loi HPST, entend également peser sur cette dimension de la problématique, dans le double objectif de répondre au mieux aux besoins thérapeutiques des citoyens et d’assurer le développement d’une industrie de l’imagerie médicale de haut niveau.


La branche imagerie médicale de Thalès
Rattachée à Thales Electron Devices (TED) qui regroupe aussi les activités d’hyperfréquences spatiales, militaires et industrielles de RFMS, la branche imagerie médicale du groupe comprend plusieurs sociétés :
  • • XRIS dont Thales détient 100% du capital emploie 300 salariés et déploie une activité essentiellement tournée vers le conventionnel ainsi qu’une activité numérique en synergie avec Trixell et CMT ;
  • • Trixell, fruit d’une joint-venture impliquant Thales (51% du capital), Philips et Siemens détenant chacun 24,5% du capital. L’entreprise emploie 470 salariée et développe une activité dans le numérique. Le pacte d’actionnaires lui interdit de vendre ses détecteurs à d’autres clients que les trois partenaires eux-mêmes ;
  • • Stet, dont Thales détient 51% du capital est basée à Shanghai, en Chine, où elle réalise des produits conventionnels pour le marché chinois, XRIS fournissant une partie des éléments nécessaires à sa production ;
  • • CMT, dont Thales est seul actionnaire, est implanté en Israël et emploie 120 salariés. Le principal client de son activité numérique (en synergie avec XRIS) est Toshiba Medical Systems ;
  • • Enfin DPIX, installé à Colorado Springs (USA), allie Thales (20% du capital), Philips (20%), Siemens (20%), Varian (40%) et emploie 250 salariés.

De la CGR à Trixell : chercher l’erreur

En 1987, Thomson-CSF choisit de vendre la Compagnie générale de radiologie (CGR) à l’Américain General Electric. Contrepartie : les actifs de RCA dans la télévision (dont Thomson se retirera dans les années 90). A l’époque de cette opération, la France est à une croisée de chemins : échographes et IRM, technologies de pointe, vont bientôt équiper de nombreux centres hospitaliers. Mais la France n’a plus d’industrie médicale. General Electric Healthcare sera, de ce fait, l’un des grands gagnants de l’effort d’équipement français. Cette opération a offert, sur un plateau, le marché européen à une entreprise américaine qui était jusqu’alors absente de cette zone.
En 2012, le groupe Thales (anciennement Thomson-CSF) envisageait de se séparer de la branche imagerie médicale (re)constituée autour de Trixell et TED XRIS. L’imagerie médicale est en pleine mutation, les besoins nationaux et mondiaux sont importants, en particulier pour les technologies d’acquisition et de traitement de l’image où le groupe français fait figure de leader mondial. Sans tirer le moindre enseignement des erreurs du passé, Thales n’en projetait pas moins de céder sa branche imagerie médicale, plutôt que d’exploiter ses atouts pour développer une industrie de pointe dont la France et l’Europe ont besoin.


Un collectif régional CGT
Le groupe Thales est un groupe d’électronique professionnelle et militaire au sein duquel la dualité entre les activités civiles et militaires est une question de stratégie économique et industrielle souvent posée par la CGT.

Les activités du domaine radiologique du bassin grenoblois font partie de ces activités civiles régulièrement remises en question au nom d’un très doctrinaire repli sur le coeur de métier militaire mais surtout dans une recherche de gain financier. Ces activités sont pourtant leaders dans leurs domaines et multiplient les partenariats avec les grands acteurs scientifiques et industriels du bassin.
L’avenir de ces activités en France et dans la région est lié à une redynamisation de toute l’industrie de l’imagerie médicale au niveau national, qui a beaucoup décliné faute de volonté politique. Pour cela, la CGT Thales a mis en place une structure de réflexion pour rassembler les grands acteurs de ces métiers, y compris les acteurs du domaine public ou du domaine médical, afin d’élaborer des solutions de développement dans une perspective fondée sur la collaboration plutôt que sur la compétition. Au niveau régional, cette volonté donne tout son sens à notre participation au COLLRIF (Collectif recherche-industrie-formation) dont la CGT-Isère s’est dotée pour défendre les salariés et l’intérêt général. Nous y retrouvons de nombreux acteurs locaux que nous souhaitons associer à notre démarche : CHU, ST-Grenoble, ST-Microelectronics, CEA, CNRS, ADEES…


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